mercredi, avril 12, 2017 Nicolas Journal de bord No comments
Couché dans le gazon avec un couple de français rencontré hier au guidon de leur tandem, la fraîcheur de cette soirée suffisait à oublier les difficultés de la journée. Autant dire que cette marche montagnarde, sous le cagnard et accompagnée d’une nuée permanente de moustiques redéfinit rapidement votre sens de la suffisance. Ici la canicule vous frappe à chaque changement de col, le moindre ruisseau impose un arrêt et le croisement d’un semblable force au salut. Lorsqu’un cycliste brésilien croisé il y a quelques jours de cela sur la bretelle voisine m’a annoncé l’existence du Choquequirao, la décision de planifier une randonnée fut instantané. Ancienne cité Inca située dans la chaîne de montagnes Salkantay, le site considéré comme la petite sœur du Machu Picchu, n’est accessible qu’au travers d’une marche de 4 jours vous plongeant le long de la rivière Apurimac pour terminer à 3085 mètres. Des versants arides, constamment baignés dans un puissant soleil d’août, en passant par la foret amazonienne dont la richesse contraste sans peine les glaciers enneigés s’arrachant de l’arrière plan, on comprend peut-être la folle décision d’avoir bâti une des plus importante cité autochtone au bout de ce perchoir. Point de départ vers une marche historique à la recherche d’une civilisation perdue @Matthias Visite autoguidée Le deuxième jour, lorsque nous avons atteint le site principal, nous nous sommes empressés de descendre visiter les terrasses situées en contre-bas. Le spectacle fut grandiose, le chemin boisés à travers lequel nous nous extirpions, dessinait un véritable couloir de théâtre. Brutalement le rideau tombe. Un souffle d’air s’infiltre sous votre chapeau et face à vous, la scène vous transpose immédiatement plusieurs siècles en arrière. L’étendue des ruines laisse transparaître l’activité de l’époque. Au côté des escaliers construits à chaque extrémités des terrasses, le système d’irrigation trace un circuit en majorité intact, débutant sa route 500 mètres plus haut, en provenance des habitations. L’étendue des lieux impose une certaine humilité face à ces bâtisseurs bien décidés à trouver la sérénité le long d’une falaise. C’est en silence que nous dévalons ces gigantesques marches. De tels lieux méritent repos, il ne faudrait surtout pas réveiller une ancienne divinité. Celle-ci n’aurait plus sa place au milieux des tissus synthétiques et des bijoux au reflet matte. Le soir venu, l’installation de la tente s’est effectué sans mal. Une douche chaude, seul réel réconfort du cyclo-voyageur paraissait même un problème secondaire. L’hôtel que constituait mon armature d’aluminium recouverte d’une toile imperméable offrait la vue la plus extraordinaire, avec pour berceuse l’écho d’une interminable chute d’eau. Vue depuis le site de camping @Danielle Pereira D’un extrême à l’autre Sur le chemin du retour, le caractère bipolaire des Andes apparaît bien plus nettement. Les montagnes disposent de cette spécificité unique : elles déforment le temps et l’espace. L’environnement se condense. Les distances perdent leur signification. En seulement quelques kilomètres la température varie de manière insolente, la traînée de poussière se recouvre d’une végétation luxuriante, la rivière se trouve surplomber par un glacier, un obstacle se transforme en poste d’observation, l’horizon finit par renoncer sur la verticalité. Ce constat rempli de contrastes s’applique tout aussi bien aux voyageurs. Ainsi les plus paresseux, ou les plus soucieux de leur confort personnel devrait-on dire, recourent à l’aide d’un muletier pour transporter leur biens. Je n’ose parler d’équipement lorsqu’il s’agit de traîner une valise de voyage sur 600 mètres d’ascension par une bête, guidée par un garçon de 14 ans. Nous offrons du travail à ces braves villageois avanceront les touristes les plus prudents, à peine capable de prononcer leurs noms.
samedi, avril 01, 2017 Nicolas Journal de bord 1 Comment
Parcouru à vélo : Chalhuanca – Abancay | 122Km ~ 9h30 Rencontre avec un cycliste Brésilien au détour d’un virage. La différence d’équipement est frappante. Son vélo s’avère bien plus archaïque, dépourvu de tout outil spécialisé et d’un simple sac à dos déposé dans un panier en plastique. Son accoutrement n’en est pas moins modeste. Muni d’un chapeau en cuir brun, sandales aux pieds et tee-shirt en coton sur le dos, la facilité apparente avec laquelle le bonhomme sillonne la vallée m’impressionne. Mon obsession pour la technique et l’efficacité en prennent un coup. Je réalise peu à peu la philosophie qui entoure ces voyageurs hors du temps dont l’objectif parait rarement ancré. L’un ne possède pour bagage qu’une destination, peu importe le temps nécessaire, tandis qu’un autre n’a pour instruction qu’une date de retour, se laissant porter par le vent. La cité d’Abancay, installée à la manière d’un funambule dans la surnommée vallée du printemps éternel.@loindesyeux L’effacement de la mesure L’événement de l’après-midi ne viendra que réconforter la leçon matinale. Le capteur de vitesse s’est décollé de ma roue tandis que je dévalais une pente, privant ainsi le compteur kilométrique de toutes données. Luxueuse catastrophe. Je rebrousse chemin, arpentant le bas côté de la route à la recherche du petit aimant. C’est peine perdu, mieux vaut alors réaliser la chance avec laquelle j’ai pu progresser jusqu’ici. Aucun bris, nulle rencontre désagréable et une santé réjouissante. Un cocktail élémentaire dont la richesse devrait suffire à chacun. C’est alors que je renfourchais ma bécane, achevant cette chute de 2000 mètres pour la moins excitante, mais également annonciatrice d’un lendemain plus tortueux. Il est une règle au sein des montagnes, bien que chaque cycliste tente en vain de la réfuter, promettant sans cesse l’exception lors du prochain coup de pédale : chaque descente annonce une remontée. Les gorges de la vallée balayées par ce vent tropical apaisaient certainement mes nerfs. En quelques centaines de kilomètres, les Andes pouvaient dessiner le désert le plus agressif qu’il soit, nécessitant une navigation digne d’un Touareg, tout comme présenter une rivière hospitalière aux berges luxuriantes rappelant les décors d’Amérique central. Les Incas ont su en dompter toutes les facettes.

15 & 16 octobre : face à la montagne

Parcouru à vélo : Puquio – Lagunas | 57Km ~5h30

Trouvez-moi un seul kilomètre sur lequel on ne croise pas d’ordures. De manière collective et en parfaite inconscience, les péruviens jettent à tout va bouteilles, sacs plastiques, papiers et emballages le long des routes. Il n’est ainsi pas rare de croiser un monceau de déchets au coin d’une bute, laissant percevoir les intestins du village voisin. En l’espace d’une fraction de seconde, ces rares bouts de terres immaculés se voient profaner aussi longtemps qu’ils ont été protégé de l’homme.

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14 octobre : pieds sur terre

Première journée de repos depuis le départ à vélo. Cette pause va servir de préparatif pour le trajet à venir; j’ai retenu la leçon d’hier. Voici donc les objectifs :

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13 octobre : erreur de débutant

Parcouru à vélo : Nazca – Puquio | 43Km ~4h30

En quittant Nazca à l’aube, je questionnais une dernière fois l’hôte de l’auberge sur les moyens de ravitaillement disponibles avant d’atteindre Puquio. Sa réponse réconfortante m’aura suffit à foncer tête baissée. Quelle naïveté ! Autant dire que la réalité m’a vite rattrapée.

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