12 octobre : le dernier plat

Parcouru à vélo : Ica – Nazca | 97Km ~5h30

La lune éclairait encore le ciel, je rangeais méthodiquement mes affaires une fois de plus avant d’entamer la dernier tronçon de la panaméricaine.

Il m’aura fallu 2h pour quitter la zone urbaine de Ica, ville la plus détestable du Pérou, peuplée par une armée d’étranges véhicules à trois roues surnommés moto-taxi. Le bruit généré par ces engins digne des meilleurs tondeuses à gazon chinoises, couplé à la conduite façon scooter parisien, ne m’avait certainement pas convaincu.

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L’ennemi ne se déplace qu’en groupe – Martin Garcia

En sortant de l’agglomération, la route s’est traduit par un amoncèlement de petites villes et de villages collés le long de la panaméricaine. Le bas côté était inexistant, m’obligeant une fois de plus à danser entre les véhicules. D’un côté les poids lourds et à droite de la chaussé, des motos dirigées par une signalisation imaginaire.

Je portais donc une grande vigilance à la circulation, mais également aux chiens ! On en compte par dizaines le long des routes, errant en quête de nourriture et délaissés par leur maitre depuis bien longtemps. A l’approche de mon vélo, ces derniers se ruaient au niveau de mes mollets, aboyant parfois avec férocité.

Ce ne sont ni les muscles ni les articulations qui me gênaient le plus cette matinée, mais bien les fesses à cause de ce va-et-vient continuel entre l’asphalte et la bordure du chemin. Ce mélange de poussière, de boue et de caillasse. Il faut changer régulièrement de position sous peine de douleur et d’irritation. La brulure était telle que parfois elle m’obligeait à m’arrêter. Le fait de n’avoir que son corps à l’écoute – mis à part observer le décor les activités à bord d’un vélo sont limitées – intensifie surement les sensations.

Au fil des kilomètres, il apparaissait clairement que la panaméricaine constitue l’artère principale de chaque municipalité traversée. Les commerces, les restaurants, les hôtels, tout est centralisé ici. L’autoroute scinde littéralement les villes en deux parties, au point de constituer parfois l’unique rue d’un village. Une seule rangée de maisons se dresse le long de la route tandis que derrière l’on aperçoit les champs.

Terrain aride

Une fois le 20e kilomètre dépassé, adieux les champs de cotons, le désert reprenait le dessus. Le décors parfaitement stérile prit rapidement des allures de planète mars. La forme des collines, les dunes de sable orangé, un sol recouvert de roches et l’absence total de végétation créent une atmosphère très désolante.
On y croise seulement quelques maisons en construction, bâties au milieu de nul part et arborant la plupart du temps un slogan politique.

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La présence des slogans politiques dans le décors péruvien est phénoménal. En région, certains villages sont totalement envahis par ces peintures, recouvrant maisons, pierres et ponts, jusqu’à se retrouver hissés en haut des montagnes.

Les slogans comportent un caractère très iconographique, touchant à la fois les enfants et les population illettrées. Qu’elles sont les motivations ? Fierté, argent, ou pression ? La région de Ayacucho par exemple, présente l’aspect sous un autre angle.
Dominée par la candidature de Keiko, fille de l’ancien président péruvien Alberto Fujimori, aujourd’hui en prison pour violation des droits de l’homme, les habitants de Ayacucho supportent Keiko la peur au ventre. Par peur que les atrocités commises par son père 25 ans plus tôt soient réitérées dans cette région encore traumatisée…

Au croisement d’un village, je décide de poser l’ancre à l’épicerie du coin pour y acheter quelques gâteaux confis. Ce matin je n’avais pu m’offrir qu’une orange en guise de petit déjeuner car la veille, j’étais arrivé trop tard en ville pour refaire le plein.

La veille dame au comptoir m’invita à tirer une chaise à l’ombre. Le temps de souffler je vérifiais la carte, dans une heure j’arriverai à Palpa pile poil sur leur du midi.
Chacune de ces petites pauses se transforme en un savoureux moment où le temps semble ralentir et où chaque bouché de nourriture passe pour une dégustation. Des moments essentiels où nous mettons le vélo de côté et dans lesquels nous prenons le temps d’examiner le monde alentours à sa vitesse réelle.

De retour en selle, j’attaquais une montée quand soudain à contresens un cycliste dévala la montagne. L’écossais dont l’accent ne pouvait le trahir, sacoches pendantes et lunettes fumées sur le nez, disait rouler en direction du Texas ! J’étais impressionné et ces quelques minutes d’échange avaient suffit à me ressourcer plus que j’aurais pu l’imaginer. Je venais de rencontrer mon premier cyclo-voyageur.

Arrivé à Palpa après 97Km, je m’arrêtais manger une assiette de riz, lentilles et son poulet accompagné d’une sauce pimentée. 2€ le menu.

Fourchette après fourchette la fatigue me rattrapa, comme si tout le stress physique remontait dans les épaules. J’observais au même moment en face du restaurant le départ de plusieurs bus vers le sud. C’était décidé, les 50Km restant au travers du désert et sous ce cagnard se feront tranquillement assis dans un siège.

2 Comments

  1. Succulent déroulement , impressions variées et pleines d’humour , images , aparté sur la politisation . Il n’es pas toujours facile de  » s’asseoir  » sur ses difficultés !!!

  2. Lydie et Jean-Francois

    Coucou Nicolas,
    Je viens de commencer la lecture de ton cyclo-tour.
    J’accepte cette invitation au commentaire, pour te féliciter pour cette parenthèse que tu as introduite dans ta vie, et te remercier de nous permettre de partager ton aventure à travers ton blog.
    Gros bisous de nous deux et nous te souhaitons plein de bons moments.
    Lydie et Jean-Francois.

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