Couché dans le gazon avec un couple de français rencontré hier au guidon de leur tandem, la fraîcheur de cette soirée suffisait à oublier les difficultés de la journée. Autant dire que cette marche montagnarde, sous le cagnard et accompagnée d’une nuée permanente de moustiques redéfinit rapidement votre sens de la suffisance. Ici la canicule vous frappe à chaque changement de col, le moindre ruisseau impose un arrêt et le croisement d’un semblable force au salut.

Lorsqu’un cycliste brésilien croisé il y a quelques jours de cela sur la bretelle voisine m’a annoncé l’existence du Choquequirao, la décision de planifier une randonnée fut instantané. Ancienne cité Inca située dans la chaîne de montagnes Salkantay, le site considéré comme la petite sœur du Machu Picchu, n’est accessible qu’au travers d’une marche de 4 jours vous plongeant le long de la rivière Apurimac pour terminer à 3085 mètres. Des versants arides, constamment baignés dans un puissant soleil d’août, en passant par la foret amazonienne dont la richesse contraste sans peine les glaciers enneigés s’arrachant de l’arrière plan, on comprend peut-être la folle décision d’avoir bâti une des plus importante cité autochtone au bout de ce perchoir.

Point de départ vers une marche historique à la recherche d’une civilisation perdue @Matthias

Visite autoguidée

Le deuxième jour, lorsque nous avons atteint le site principal, nous nous sommes empressés de descendre visiter les terrasses situées en contre-bas. Le spectacle fut grandiose, le chemin boisés à travers lequel nous nous extirpions, dessinait un véritable couloir de théâtre. Brutalement le rideau tombe. Un souffle d’air s’infiltre sous votre chapeau et face à vous, la scène vous transpose immédiatement plusieurs siècles en arrière.

L’étendue des ruines laisse transparaître l’activité de l’époque. Au côté des escaliers construits à chaque extrémités des terrasses, le système d’irrigation trace un circuit en majorité intact, débutant sa route 500 mètres plus haut, en provenance des habitations. L’étendue des lieux impose une certaine humilité face à ces bâtisseurs bien décidés à trouver la sérénité le long d’une falaise.

C’est en silence que nous dévalons ces gigantesques marches. De tels lieux méritent repos, il ne faudrait surtout pas réveiller une ancienne divinité. Celle-ci n’aurait plus sa place au milieux des tissus synthétiques et des bijoux au reflet matte.

Le soir venu, l’installation de la tente s’est effectué sans mal. Une douche chaude, seul réel réconfort du cyclo-voyageur paraissait même un problème secondaire. L’hôtel que constituait mon armature d’aluminium recouverte d’une toile imperméable offrait la vue la plus extraordinaire, avec pour berceuse l’écho d’une interminable chute d’eau.

Vue depuis le site de camping @Danielle Pereira

D’un extrême à l’autre

Sur le chemin du retour, le caractère bipolaire des Andes apparaît bien plus nettement. Les montagnes disposent de cette spécificité unique : elles déforment le temps et l’espace. L’environnement se condense. Les distances perdent leur signification. En seulement quelques kilomètres la température varie de manière insolente, la traînée de poussière se recouvre d’une végétation luxuriante, la rivière se trouve surplomber par un glacier, un obstacle se transforme en poste d’observation, l’horizon finit par renoncer sur la verticalité.

Ce constat rempli de contrastes s’applique tout aussi bien aux voyageurs. Ainsi les plus paresseux, ou les plus soucieux de leur confort personnel devrait-on dire, recourent à l’aide d’un muletier pour transporter leur biens. Je n’ose parler d’équipement lorsqu’il s’agit de traîner une valise de voyage sur 600 mètres d’ascension par une bête, guidée par un garçon de 14 ans. Nous offrons du travail à ces braves villageois avanceront les touristes les plus prudents, à peine capable de prononcer leurs noms.