15 & 16 octobre : face à la montagne

Parcouru à vélo : Puquio – Lagunas | 57Km ~5h30

Trouvez-moi un seul kilomètre sur lequel on ne croise pas d’ordures. De manière collective et en parfaite inconscience, les péruviens jettent à tout va bouteilles, sacs plastiques, papiers et emballages le long des routes. Il n’est ainsi pas rare de croiser un monceau de déchets au coin d’une bute, laissant percevoir les intestins du village voisin. En l’espace d’une fraction de seconde, ces rares bouts de terres immaculés se voient profaner aussi longtemps qu’ils ont été protégé de l’homme.


En sortant de Puquio ce matin, je ne savais plus où donner de la tête tellement le paysage venait me chercher. En quittant la ville, nous continuons de grimper sur près de 60Km pour finalement atteindre les 4500 mètres d’altitude, sorte de plateau recouvert de lacs et marquant le plus haut point par lequel je passerai à vélo. J’y ai actuellement planté ma tente; il faut souffrir pour en admirer la beauté.

La route ne cesse de grimper dans la montagne, tel un lacet qu’un géant aurait échappé de ses proches par mégarde. Les conducteurs écrivent le même et perpétuel S sans savoir lequel marquera le dernier.

De nombreux pâturages entourent le chemin. Vaches, moutons, lamas, tous jouissent d’une liberté totale. Ni clôture, ni corde ne viennent retenir ces bêtes pourtant bien apprivoisées et exploitées par l’homme. Durant toute mon enfance, je n’ai cessé de lier l’animal à la notion d’enfermement. Pourquoi ces mêmes bêtes que les nôtres semblent ici tant attacher à leur terre ? Peut-être avons nous trop délaissé cette dernière.

Sur des kilomètres et des kilomètres, d’étranges rangées de murs constituées d’une multitude de petites pierres délimitent le fossé. C’est à se demander comment ces dernières tiennent car seule la largeur d’une pierre supporte la construction haute d’un mètre.
De l’autre côté du muret, toute la vallée de Puquio se dessine sous les yeux des passagers. J’aimerais tant pouvoir m’approcher de chaque village, lire l’histoire du moindre rocher ou toucher le sommet des montagnes qui d’ici semble si inoffensif. Et si le mur n’était là que pour rappeler la limite de notre imaginaire ?

Une bouchée réconfortante

A 11h, je m’arrête manger dans le seul restaurant croisé jusqu’ici. L’établissement situé à flanc de montagne et éloigné du moindre hameau se résume au strict minimum. Probablement définit-il bien l’auberge d’antan où les visiteurs pouvaient apaiser leur appétit avant de reprendre la route tortueuse.

Assis contre le mur, je concentre à réchauffer mon corps plutôt que choisir quel met terminera dans l’assiette. J’entame la discussion avec un couple de camionneurs en provenance de Cusco, ma prochaine escale. Tandis que le mari inspecte son poids-lourd, sa femme me renseigne sur les kilomètres à venir : froidement désertiques. Ai-je de l’alcool s’inquiète t-elle, auquel je réplique y trouve t-on des animaux dangereux ?

Cette préoccupation de la route futur, certainement que chaque cycliste s’en souci. Avant tout levier psychologique, peu importe la nature de la réponse nous aurons toujours tendance à percevoir celle-ci sous un angle positif ou du moins relativiste.

2h plus tard, une grande fatigue m’empare soudainement. Le soleil tapant, le vent, le froid et l’altitude ont eu de moi. Je suis obligé de m’arrêter. J’effectue une bonne pause, le dos appuyé sur un rocher et la tête bien à l’abri du soleil, je me surprends à somnoler. Je réembarque sur la bécane pour finalement piquer ma tente 45 minutes plus tard au bord d’un lac. J’entame une sieste forcée.

A peine ai-je le temps de m’assoupir qu’une pluie battante vient interrompre la quiétude des lieux. La tête lourde, j’ouvre la porte de la tente : il grêle !

16 Octobre

Parcouru à vélo : Lagunas – Chalhuanca | 130Km ~8h30

Une fine couche blanche avait recouvert le paysage ce matin. Je m’empresse de ranger mon matériel et de plier la tente pour me retrouver sur la route à 6h tapant. Les premières minutes s’effectuent au ralenti pour se réchauffer. Le vélo était couvert de glace au réveil, une vérification express s’impose à chaque départ durant les premiers tours de pédales.

La terre semble m’appartenir, ni animal, ni véhicule ne se dressent sur l’horizon recouvert par un ciel épais. Je poursuis mon chemin lorsque soudainement des aboiements se font entendre au loin. Un chien sauvage apparait aussitôt à quelques dizaines de mètres derrière moi. La bête porte un poil grisâtre si épais qu’elle se confondrait avec un loup.

Bien que je me sente encore en sécurité car un faussé nous sépare, je ne parviens plus à lâcher la bête du regard. A peine ai-je le temps de retourner la tête que le chien vient de sauter sur l’asphalte ! Les babines pendantes laissent entrevoir des crocs redoutables. C’est la première fois que je ressens la férocité d’un animal et rarement me-suis déjà senti dans un tel état d’alerte. L’animal approche à une vitesse folle, je garde mon sang-froid et l’adrénaline me pousse à pédaler toujours plus vite alors qu’un deuxième chien apparait le long du faussé. Je me retrouve traqué tel un lièvre n’ayant pour échappatoire sa seule agilité.

30 secondes de course intense pour terminer vainqueur de cette poursuite. Je m’arrête de si tôt, mes mains tremblent, je perds l’équilibre, il me faut immédiatement du sucre. Le modeste repas de la veille couplé à cette mauvaise nuit et la température avoisinant les 0°C ont eu de mes limites physiques. J’engloutis l’unique banane et la barre de céréale trainant au fond de mon sac.

Soirée chaleureuse

Le froid perdure et bien que la journée ne fasse que de commencer, je ressens déjà des faiblesses. Après deux heures de route particulièrement pénible, un village désolé apparait au milieux des collines. Un signe indique la présence d’une épicerie, je m’y arrête. L’air y est plus humide que dans ma tente, le sol en terre battue et l’absence de lumière laissent percevoir les conditions rudimentaires dans lequel ces villageois vivent. J’achète quelques biscuits secs qui m’alimenteront tout au long de la journée pour redécoller d’aussi tôt.

Ce n’est qu’en fin de matinée que l’ambiance va changer pour laisser place à une série de vallées plus immenses les unes que les autres. Enfin, j’entame quelques descentes pondérées par le passage de plusieurs cols. A 13h j’effectue une pause déjeuner, la serveuse du restaurant d’hier m’avait placé les restants de poulet tout en rajoutant du riz dans une barquette. Je trouve un endroit détaché de la route doté d’une magnifique ouverture sur la vallée et en troisième plan, la sierra. Certains pics atteignent assurément plus de 6000 mètres.

Déjà bien usé, chaque montée marque alors un grand effort. A de nombreuses reprises, je descends du vélo pour marcher tellement la fatigue me tient au corps. En milieu d’après midi, j’arrive finalement au point de bascule tant attendu, une chute de 2300 mètres pour quelques 150 kilomètres. Le paysage en est à couper le souffle. La route descend à pique, découpant la montagne à la façon d’un Zorro enragé.

Cette balade au cœur des entrailles formées par les millénaires récompense tous les efforts. Qu’importe où les yeux souhaitent se poser, la cordillère vient border chaque image. Le climat change drastiquement laissant place à une atmosphère plus humide et à un soleil moins envahissant. Les arbres sont omniprésents et les animaux se retrouvent parfois en plein milieu de la route.

Je pénètre dans la ville de Chalhuanca lorsque l’après-midi touche à sa fin. Mon entrée semble remarquée, je reçois plusieurs salutations avant de m’arrêter pour me renseigner sur un hôtel. En continuant sur la route principale, un barbecue tient place le long du chemin. Un groupe d’hommes m’interpelle, je traverse la rue pour me faire immédiatement inviter à rejoindre leur table, bière à la main et cuisses de poulets dans les assiettes. Je leur promets de repasser après avoir trouver une place où coucher et pris une douche. Aussi dit aussi tôt fait, je sors acheter les provisions du lendemain avant d’aller sympathiser avec le groupe de messieurs.

2 Comments

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  1. l’intérêt exige la suite ….courage et merci

  2. Owi une suite, ce serait chouette !

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