13 octobre : erreur de débutant

Parcouru à vélo : Nazca – Puquio | 43Km ~4h30

En quittant Nazca à l’aube, je questionnais une dernière fois l’hôte de l’auberge sur les moyens de ravitaillement disponibles avant d’atteindre Puquio. Sa réponse réconfortante m’aura suffit à foncer tête baissée. Quelle naïveté ! Autant dire que la réalité m’a vite rattrapée.

Dès 7h le soleil fit son apparition, j’enlevais donc mon coupe vent pour ne garder qu’un maillot de cycliste sur le dos. J’aurais dû prendre cela comme un avertissement, car les jours passés la brume se dissipait seulement vers 9h.
En effet la géographie change, si je longeais l’océan Pacifique jusqu’ici, le reste du voyage se déroulera dans les hauteurs montagneuses. Pour rejoindre la petite ville de Puquio il faut s’engager dans la cordillère des Andes en entament une ascension à 3500 mètres de hauteur sur quasiment 100km de distance. Rien que sur papier, le trajet avait de quoi interpeler.

Dès 8h du matin, une gourde complète venait de disparaitre. Les kilomètres n’ont jamais défilés aussi lentement. Je pédale à 8km/h sous un soleil de plomb, aucun point d’ombre en vue et l’eau s’écoule plus vite que prévue.
Par chance je croise passablement de véhicules sur la route à cette heure ci. Tout en continuant à pédaler, je secoue ma gourde vide à chaque passage de voiture attendant le bon samaritain. Des ouvriers en Jeep ne tardent pas à s’arrêter et à remplir la précieuse, accompagné de mots d’encouragement. Il ne s’agit pas d’une solution, mais si je me retrouve en mauvaise posture, j’imagine réitérer la demande.

Pente sèche

Une heure plus tard, le soleil s’était transformé en une vraie fournaise. A chaque nouveau col, l’espoir de trouver un arbre ou un rocher capable de m’abriter diminuait. En plus de m’hydrater, je devais impérativement m’arroser la tête sous peine d’insolation.

A 10h, la circulation vint à se raréfier. Je fixais inlassablement la demie-gourde restante tout en tendant l’oreille pour repérer le moindre véhicule à l’approche. Je décida même de gravir les passages les plus à pics au côté du vélo, convaincu que la marche imposait un effort moins important.
Tout au long de la route, de nombreux camions ont fait vrombir leurs klaxonnes en guise de salutation quand ce n’était pas pour alerter leur présence dans les virages. Ces virages en forme de coude plus redoutables les uns que les autres, dessinent un interminable zigzags au travers de la cordillère.

Franchir les Andes
Une montagne en cache une autre

Une bonne demie-heure venait de passer avant qu’une voiture de police me dépasse et puisse me refiler un petit 300cl très apprécié. Je demandais alors à l’agent combien de kilomètres nous séparaient du prochain village; réponse 2Km. Je ne tardais pas à discerner les premières maisons et un regain d’espoir me fit oublier ma gorge sèche le temps d’un instant.

Arrivé au village, je tomba face à face avec la voiture de police rencontrée plus bas. En balayant le paysage, je réalisais avec découragement que le fameux village n’était en fait qu’un ilot de vestiges abandonnés. En guise de réconfort, je décidais de m’assoir sous l’abri de bus et de réfléchir aux possibilités. L’officier placé de l’autre côté de la route, coudes posés sur la bagnole, annonça alors qu’un restaurant se situait à 8Km. J’écoutais le même gars qui m’avait annoncé plus tôt que je trouverais un village ici, mais je n’avais pas d’autres choix que de continuer.

Je venais de parcourir 5h sans le moindre plat. L’heure avançait et l’altitude augmentait. Une montée aux enfers surveillé par un redoutable soleil.

Rencontre fortuite

Au détour du premier virage, une nouvelle maison isolée venait combler le cadre dominé par les montagnes jaunâtres. Je m’approchais du petit édifice et miracle, un homme se trouvait là, assis sans la moindre occupation apparente. Le vieillard ne parlait pas espagnol mais sa femme ne tarda pas à apparaitre pour me servir une bouteille de Coca Cola tiède.

Au moment où je m’apprêtais à arracher le bouchon, deux hommes débarquèrent d’un 4×4 pour étancher leur soif à leur tour. L’un deux ne tarda pas à m’adresser la parole pour en savoir plus sur mes intentions. La peine, que dis-je, l’extrême détresse qu’il a pu lire sur mon visage, l’a poussé sans aucun doute à m’inviter dans leur carrosse. Ça tombait bien, le binôme se dirigeait vers Puquio.
Trois secondes de réflexion et le vélo se trouvait déjà fixé dans le coffre. J’acceptais mon erreur et je décidais de mettre fin à cette course à la survie.

Le conducteur ne parlait pas, pas assez pour que je me souvienne de son nom en tout cas. A sa droite, Juan qui avait entamé la discussion plus tôt maitrisait parfaitement l’anglais. Un gars fin quarantaine occupant un poste de cadre pour une compagnie minière. Le bonhomme avait vécu plusieurs années en France et en Bolivie, il disposait d’un bon bagage quoi.

Très intrigué par ma façon de voyager, il me questionnait sur tous les angles : matériel, kilométrage, destinations, organisation, budget… Il m’apporta très humblement son point de vue sur plusieurs points.
J’en profitais pour le questionner sur la présence de si nombreuses constructions inabouties le long de la panaméricaine. Il m’expliquait qu’il s’agit en fait d’une manœuvre pour acquérir le terrain. Quatre murs de briques et deux ans plus tard, le gouvernement ne détiendrait plus aucun droit !

Au fil des mots, l’environnement changea drastiquement. La route en serpentin se faufilait maintenant au travers de montagnes verdoyantes avec une incroyable vue sur la vallée. L’horizon était recouvert de montagnes tandis qu’à proximité les eucalyptus envahissaient le bord de la route. J’apercevais de nombreux pâturages et pour la première fois des lamas s’offraient à moi. Ces étranges bêtes proches de la hauteur d’un homme et tant appréciées pour leur fourrure me paraissaient si pures. Une certaine innocence pouvaient se dégager de leur regard et le fait de pouvoir observer tous ces animaux en liberté m’était également une chose nouvelle.

https://www.flickr.com/photos/fotosdelrupert/3362825287/
Rodrigo Alvarez

Les habitants ne se distinguaient pas moins. Premièrement avec leur accoutrement, cet ensemble de linge coloré composé de plusieurs couches et toujours surmonté d’un chapeau, puis leur métissage plus marqué et pour finir, l’accès à une culture bien distincte.

Nous venions officiellement de pénétrer dans les Andes.


L’itinéraire

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